chez Vve H. DUCOURTIEUX, Limoges, 1902:
Bourganeuf, chef-lieu d’arrondissement, sur un plateau dominant les
vallées du Taurion et de la Gane-Molle, 3726 habitants,
- Burguetneuf, vers 1250 (d’Hozier, Généal, Chamborant).
- Capella de Burgo novo, XIVe siècle (Pouillé)
- Preceptor de Burgo-Novo, 1473 (Gaign., 183, 184, p. 180)
- Commanderie de Bourganeuf, 1543 (terr. de Bourganeuf)
- Bourganeuf, 1580 (terr. de Felletin).
Bourganeuf était une enclave du Poitou, formant une élection qui
n’avait pas une étendue de moins de 72,000 hectares,
habités aujourd’hui par 29 à 30,000 âmes. Elle avait été
créée en 1557 ; elle ressortissait d’abord à la
Généralité de Poitiers, mais elle fut rattachée à celle
de Limoges dès 1558. Sa circonscription subit au XVIIe
et XVIIIe siècles quelques modifications. Sous
l’administration de Turgot, elle se trouvait composée de
79 collectes.
L’élection toute entière, après avoir formé la circonscription du
bailliage de Bourganeuf, était au XVIIIe siècle du
ressort du siège sénéchal de Montmorillon ; mais depuis
1635, date de l’établissement du Président de Guéret,
elle se trouvait rattachée à ce siège pour les causes “présidiales”.
Elle formait une seule subdélégation dont le titulaire
résidait à Bourganeuf (L. Guibert, Les enclaves
poitevines du diocèse de Limoges, publiées dans
l’Almanach limousin pour 1886).
Bourganeuf fut pendant plusieurs siècles le chef-lieu de la langue
d’Auvergne, la seconde des huit qui composaient l’ordre
de Malte. C’est là que devaient résider les grands
prieurs. On trouve dans ce prieuré quarante commanderies
de chevaliers et huit de frères servants. La dignité de
grand maréchal est attaché à cette langue, dont il est
le chef et le pilier (Vertot, Hist. de Malte, V, 333 et
341).
Le château de Bourganeuf, que le temps a respecté en partie,
rappelle le nom des plus illustres membres de l’ordre de
Malte. Qu’il suffise de citer les grands maîtres Jean de
Lastic, Jacques de Milly, Pierre d’Aubusson et Gui de
Blanchefort qui furent d’abord les grands prieurs
d’Auvergne.
C’est aux Templiers que le prieuré de Bourganeuf doit sa fondation.
Peu à peu, autour de ce prieuré, et à l’abri de
l’enceinte fortifiée bâtie par les chevaliers, des
maisons se groupèrent, un bourg se forma, et son nom fut
Bourg-Neuf.
Les origines de la ville de Bourganeuf se rattachent ainsi
étroitement à celles de cette maison du Temple, devenue,
vers 1313, une maison de l’ordre de
Saint-Jean-de-Jérusalem.
Bourganeuf évoque le souvenir du prince qui eut la grosse tour pour
prison. Elle a conservé le nom de son prisonnier, et on
l’appelle encore la tour de Zizim. Celui-ci, fils de
Mahomet II, le terrible vainqueur de Constantinople,
ayant en vain disputé le pouvoir à son frère Bajazet, se
livra en 1482, à Pierre d’Aubusson, grand maître de
Rhodes, qui le fit garder à Bourganeuf.
Le château se compose de deux parties bien distinctes : le château
proprement dit et la tour de Zizim. La première,
restaurée dans le cours du XVIIIe siècle et largement
transformée depuis, sert aujourd’hui d’Hôtel de Ville et
de presbytère. Elle comprend une grosse tour carrée
formant corps de logis, qui était flanquée d’une petite
tour ronde renfermant l’escalier, et une grosse tour
ronde appelée tour de Lastic (Jean de Lastic, commandeur
de Bourganeuf, vivait en 1433). Ce corps de bâtiment et
l’église forment les deux côtés d’un carré que
complètent les murailles le rattachant à la tour de
Zizim.
Cette dernière est une énorme construction de forme ronde,
comprenant six étages et un gatelas garni de machicoulis
et de meurtrières. On ne pourrait y pénétrer qu’en
passant par une galerie établie sur la crête du mur de
clôture, communiquant avec la tour de Lastic. Au rez de
chaussée était une cave renfermant un puits. Les
murailles sont assez épaisses pour dissimuler un bel
escalier à vis, conduisant jusqu’à la plate-forme. Tous
les étages étaient voûtés. C’est en 1484, par Guy de
Blanchefort, et uniquement pour Zizim, qu’elle fut
construite, comme le rappelle l’inscription, placée au
dessus de la porte du choeur de l’église. Les armes de
ce grand prieur l’accompagnent. Elles sont d’or à deux
lions léopardés de gueules, posés l’un sur l’autre, qui
est de Blanchefort, au chef de gueules à la croix
d’argent qui est de l’ordre de Malte.
Bourganeuf était une cure en ville murée de l’archiprêtré de
Bénévent. La Nativité de Saint Jean était sa fête
patronale. Le grand prieur d’Auvergne y faisait les
nominations dès 1497. L’église est de la fin du XII°
siècle ou du commencement du XIII° ; mais le XV° siècle
l’a restaurée en refaisant les voûtes, en y ajoutant des
chapelles et un collatéral, et en perçant à l’est une
grande fenêtre à meneaux flamboyants. Le procès-verbal
de visite de 1617 dit qu’elle était complètement voûtée
, et le choeur meublé de stalles était séparé de la nef
par une grille de fer. Une grande fenêtre ouverte
derrière le maître-autel était garnie de vitraux où se
voyaient les “images du Crucifix, Notre-Dame,
Saint-Jean, avec les armes de la religion et des feux
grands-maîtres les sieurs d’Aubusson et Blanchefort”.
L’autel avait un retable de lois recouvert de cuivre
émaillé où étaient les images du Crucifix et la vie de
Notre-Dame et d’un parement offrant l’image de
Notre-Dame et la vie de Notre-Seigneur. A côté d’un
grand autel, dans la muraille, se voyait le tombeau
d’une soeur de Guy de Blanchefort. Deux chapelles
s’ouvraient sur la nef : l’une, dédiée à Notre-Dame,
appartenait à la famille d’Aubusson ; et l’autre placée
sous le vocable de la Visitation dépendait des Forest.
Une troisième dédiée à sainte Marie-Madeleine, s’élevait
à côté de l’église (A. Vayssière, Bull. soc. Tulle,
1884, p. 26). Cette église possède un reliquaire en
argent, en forme de main, orné de pierreries, de
filigranes et d’armoiries, et un pied de reliquaire avec
têtes peintes en émail du XIII° siècle ; c’est un faible
reste de l’ancien trésor des reliques, dont le riche
inventaire nous a été conservé. (Bull. soc. tulle, 1884,
p. 27))
“La destruction de ces magnificences a pu trouver un prétexte dans
la cupidité ; comment excuser la destruction plus
absurde des étendards pris à Lépante, qui flottaient
glorieusement sous la voûte du choeur ?” (Texier, Album
de la Creuse). Il y avait une communauté de prêtres pour
laquelle Pierre d’Aubusson, grand maître de l’ordre de
Malte, fit quelques fondations en 1477 et 1480. Guy de
Blanchefort, son neveu, chevalier, du même ordre, grand
prieur d’Auvergne, et en cette qualité commandeur de
Bourganeuf, en augmenta le revenu et les charges en
1506.
Quatre vicairies ont été fondées dans cette église :
La première par frère Pierre de Grandieu, de Magno Rivo, commandeur
de Palluel et de La Mazière, curé de Bourganeuf,
religieux hospitalier en 1462, à l’honneur de sainte
Madeleine. Deux autres par Guillaume d’Aubusson, prêtre,
bachelier en décrets en 1510, à l’autel de saint
Eutrope.
Une autre dite des Patrassons.
En 1372, le comte de la Marche, à la tête des milices du pays,
repris aux Anglais les places dont ils s’étaient emparés,
et les chassa même de la Souterraine et de Bourganeuf
qui leur avaient été données par le traité de Brétigny (Joullietton,
Hist. de la Marche, I, 239).
En mai 1449, Jacques de Milly, grand prieur d’Auvergne, donna à
cette ville ses franchises communales.
En 1592, la ville de Bourganeuf fut ravagée par la peste.
Notre Dame du Puy, belle chapelle moderne en style du XIII° siècle.
Elle a été consacrée le 10 août 1854. Ce gracieux
monument, dû à l’inspiration du savant abbé Texier, en a
remplacé un très modeste construit en 1746. Mais ce lieu
de dévotion remonte à une époque bien plus reculée :
‘Par reconnaissance envers le Grand-Maître des
chevaliers du Temple qui l’avait racheté de l’esclavage
des Musulmans, après la troisième croisade, Raoul de
Montgeniers, seigneur du Puy-en-Velay, fit don aux
chevaliers du Temple d’une statue de la sainte-Vierge
réputée miraculeuse. De là le nom de Notre-Dame-du-Puy
conservé à la sainte-image que l’on vénère à Bourganeuf
et qui remonte en effet au temps des Croisades.”
(Roy-de-Pierrefitte, Hist. du culte de la Sainte Vierge,
p. 159).
Cette statue fut d’abord conservée dans le château du prieuré de
Saint-Jean de Bourganeuf. Ce fut pour faciliter aux
fidèles la vénération de Notre-Dame du Puy, que les
chevaliers du Temple bâtirent une chapelle, et y
placèrent un prêtre y disant régulièrement la messe. Ils
choisirent pour emplacement le point de la ville qui
était, stratégiquement parlant, “le seul passage ouvert
aux glaives ennemis, et la foi de nos pères en avait
confié la défense au ciel”. En 1617, on voyait à côté de
cette chapelle de Notre-Dame de Pitié les “vestiges et
masures d’une belle maison de plaisance, bâtie sur une
motte enfermée d’une haute muraille”, par le grand
prieur Guy de Blanchefort. L’hôpital existait en 1510.
Les soeurs hospitalières sorties de celles de la ville
de Magnac s’y établirent en 1738.
Il y avait une compagnie de pénitents bleus.
L’Arriail ou La Rialhe, ou de Larrier, au faubourg de Bourganeuf,
était une cure en 1573, époque à laquelle le grand
prieur d’Auvergne y faisait les nominations. Plus tard,
ce n’était qu’une simple chapelle, dont la fête
patronale était l’assomption de la sainte Vierge. La
compagnie des pénitents blancs s’y établit. Ce sont eux
qui l’ont reconstruite sur l’emplacement d’un édifice
plus ancien. Elle était flanquée de cinq chapelles
voûtées dans les quelles étaient fondées des vicairies.
Le peuple “y avait grande dévotion”. Le Pouillé de
Nadaud y indique en effet, plusieurs vicairies : Louis
Chabrol dit Parer, papetier de la ville de Bourganeuf,
en fonda une autre à l’autel de saint Marguerite ;
Godefroi de La Chassagne, seigneur de Preissac et de
Châtelus y nommait en 1602. Jean d’Aubusson, dit
Caverlay, et Christophe son fils en fondèrent une à
l’autel de la Sainte-Trinité ; de Félines, veuve
d’Aubusson, marchand, et tutrice de ses enfants, y
nommait en 1592.
Une chapelle dans le cimetière fut construite en 1510.
Bousogle ou Bouzoilles, ou Bosogle, était une cure en 1096. Elle
n’était plus qu’une succursale de la cure en 1577. La
translation des reliques de saint Remi, le 3 octobre,
était sa fête patronale ; c’était jadis saint Léobon.
Elle était située à un quart de lieu de Bourganeuf. En
1617, cette église était bien entretenue ; on y voyait
une colombe en cuivre émaillée, dans laquelle était
conservé le saint-Sacrement. Cette colombe était
suspendue devant le grand autel, à l’aide d’une corde
glissant sur une poulie fixée à la voûte ; elle était
recouverte d’un pavillon d’étoffe. Cette façon de
conserver le Saint-Sacrement était alors d’un usage
général dans cette région, où l’on rencontrait bien
rarement des tabernacles placés sur l’autel.
Il y avait aussi au XVII° siècle, un ermitage près Bourganeuf. Le
P. Bonaventure de Saint-Amable écrivait en 1680 : J’ai
encore vu proche de Bourganeuf, hors de la ville, un
autre ermite sur cette colline”. Cet ermitage est connu
aujourd’hui sous le nom de la Chapelle-de-la-Roche, sous
le vocable de sainte Elisabeth, près l’ancienne route de
Bourganeuf à Saint-Léonard. Situé sur une éminence
escarpée, dont un ruisseau baigne le pied, ombragé par
de vieux tilleuls, cet ermitage est très pittoresque (M.
Arbellot, Bull. soc. arch. Lim., XXXIII,39).
On trouve dans la commune de Bourganeuf les villages suivants :